| Les
dangers vus par les expérimentateurs
Deux sessions de formation
aux méthodes et aux outils Educaunet ont réuni des
adultes expérimentateurs en octobre 2001 et en février
2002. Ces moments d’échange privilégiés
avec soixante parents, éducateurs et enseignants impliqués
dans le programme, ont permis d’identifier un ensemble de
risques - réels ou supposés - liés à
l’usage d’Internet par les jeunes.
Les craintes des expérimentateurs,
qu’ils soient enseignants, éducateurs ou parents, se
focalisent autour de trois types de risques.
Au premier abord, ce sont essentiellement
des risques d’ordre cognitif qui sont mis en
avant - risques engendrés
le plus souvent par une méconnaissance du réseau :
· La crainte d’une
« noyade » ou d’une dispersion dommageable face
à une surabondance d’informations confuses, aux sources
souvent difficiles à identifier et à valider.
· La tentation de
croire aveuglément au mythe d’un Internet omnipotent,
qui apparaîtrait comme la panacée universelle de l’information
parfaite, en omettant de prendre le recul nécessaire au regard
critique, indispensable à l’élaboration d’une
culture multimédiatique.
· L’illusion
de cohérence et de pertinence des résultats produits
par les moteurs de recherche et autres systèmes de classement
par mots-clés, qui parfois détournent les choix d’information
des utilisateurs, embarqués de force dans une navigation
au parcours hasardeux ou mercantile.
Des risques d’ordre psycho-affectif
ont été également dégagés : des
enseignants racontent que certains jeunes disent parfois craindre
de « perdre du temps » en utilisant Internet en classe
– un temps d’utilisation du média qui se substituerait
à un temps d’apprentissage de contenus disciplinaires
plus formels, parfois perçus par leurs parents comme plus
utiles.
En dernier lieu, les expérimentateurs
ont pointé un ensemble de risques socio-culturels et d’ordre
moral et/ou juridique :
· Le risque de voir
se transmettre des idées préconçues et des
représentations fantasmatiques d’un Internet diabolisé,
via une culture scolaire, familiale et médiatique, de plus
en plus dualisée par la fracture numérique.
· Les risques de disparité
dans l’accompagnement des usages, engendrés par l’hétérogénéité
croissante des cadres scolaires régionaux et nationaux, et
amplifiés par la diversité des cadres familiaux.
· Le risque pour le
jeune de ne pas être identifié comme le récepteur
d’un message et un acteur potentiel du média, mais
comme une cible commerciale.
Enfin, des risques liés
aux contenus illicites ou dangereux de certains sites ou aux messageries
électroniques infiltrées par des messages indésirables
(spamming). Finalement peu de dangers d’ordre technique (comme
les virus informatiques par exemple) ont été identifiés
comme une
menace réelle pour les jeunes publics, seul le piratage de
données confidentielles semble susceptible d’être
dangereux.
Il était apparu initialement
nécessaire de différencier les dangers en fonction
de l’âge du public (8-11, 12-15, 16-18 ans). Malgré
cette distinction, un constat s’est finalement imposé
: il semblerait qu’il y ait peu de différences entre
les risques perçus pour les trois catégories d’âge.
Les expérimentateurs perçoivent et identifient des
dangers de même nature, quelque soit l’âge des
publics qu’ils encadrent.
Des dangers
pour les adultes qui accompagnent ces jeunes
Tous ces dangers peuvent
également atteindre les adultes, lorsque ceux-ci sont peu
ou mal formés à l’utilisation éducative
du média. Mais les expérimentateurs ont souligné
un autre type de dangers, parfois baptisés «dangers
de second degré». Ils sont plus particulièrement
engendrés par l’éducation à Internet
elle-même, initiée par les adultes dans leur cadre
professionnel ou familial.
Ainsi les enseignants, les
éducateurs et les parents sont confrontés à
l’angoisse générée par leur manque de
connaissance ou de recul vis-à-vis du média - angoisse
exponentielle lorsque le public qu’ils encadrent s’avère
plus initié à Internet qu’eux-mêmes. Les
enseignants craignent aussi de faire face à des problèmes
de responsabilité juridique vis-à-vis de parents procéduriers
– responsabilité portant sur l’exposition aux
contenus des sites ou des messages d’autant moins assumée
lorsque les systèmes de filtrage parfois mis en place dans
les structures d’accueil sont contournés par les mineurs,
les exposant à des informations (textes, images) illicites
et dangereuses de façon imprévisible.
Force est de constater qu’il
est important de réfléchir aux dangers que peut susciter
l’utilisation d’Internet par les jeunes : en effet,
plus les jeunes, et les adultes qui les encadrent, parviennent à
identifier ces dangers potentiels, et plus les dangers sont transformés
en risques pensés et prévisibles. Cependant, une autre
prise de conscience est nécessaire : la décision d’éduquer
à Internet à l’aide d’un programme comme
Educaunet peut induire de nouveaux risques. S’insérant
dans une démarche globale de conscientisation des risques,
les méthodes et les outils proposés permettent aux
éducateurs de mieux penser et anticiper ces dangers inhérents
à l’utilisation d’Internet, quels qu’en
soient le lieu (l’école, la maison ou l’association)
et le cadre contextuel (se documenter et communiquer pour apprendre
ou s’amuser).
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Propos tenus dans les
groupes de travail
« Sur
Internet on peut retrouver des idées qui avancent masquées…
Par exemple, des sites d’extrême-droite ou de
sectes, qui cherchent à ne pas être détectés
tout de suite. C’est quelque chose de nouveau par rapport
aux sources de données qu’on a l’habitude
d’utiliser, comme les centres de documentation et d’information
(CDI) ou les manuels scolaires.Toutes ces choses-là
ont été triées ou filtrées et
classées. On a pris l’habitude d’envoyer
les élèves faire des recherches au CDI avec
le sous-entendu que tout ce qu’ils y trouveront est
valide… Attitude qui ne peut plus être employée
avec Internet, car tout ce qu’on y trouve n’est
pas valide ! ».
« La manière dont l’information nous est
assénée sur Internet pose problème.A
savoir qu’il se produit avec les mots-clés une
sorte de détournement... Par exemple, avec “chipie”
et “esclavage”, qui sont des mots qui peuvent
être tout à fait légitimes et qui
viennent à l’esprit des jeunes qui font une recherche,
on tombe sur des sites qui ne correspondent absolument pas
à ce qu’on a demandé… »
« Lorsque des enfants sont en recherche sur Internet,
il y a une dispersion, une difficulté à trier,
à traiter l’information.A propos de cette information,
souvent un des risques c’est que les enfants prennent
tout ce qu’ils reçoivent via l’Internet
comme du pain béni, comme la panacée…
»
« Pour l’enseignant, d’un point de vue culturel,
il y a une transmission des dangers via la culture : on est
dépendant de la culture familiale, autant que de la
culture scolaire… Il y a un danger au niveau des idées
préconçues que les familles peuvent avoir, faute
de connaissance de l’Internet. »
« Les éducateurs ou les enseignants ne connaissent
pas suffisamment Internet, au niveau des contenus ou de la
forme, et donc on n’est peut-être pas encore capables
d’identifier clairement les dangers…»
Educaunet, Bulletin
électronique bilingue, n°3, mai 2002, p. 9-10.
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